➘ 6 EXPOS à voir en galerie dès janvier
Par Anne-Cécile Sanchez

Thaddaeus Ropac Paris Pantin – Erwin Wurm – Tomorrow : Yes – 17 janvier – 11 avril 2026
Pourquoi il faut y aller
Après la rétrospective que lui a consacrée le musée Albertina de Vienne en 2025, et avant son exposition au musée Fortuny à la prochaine Biennale de Venise, c’est l’occasion de découvrir ce sculpteur iconoclaste à l’humour corrosif. Depuis son exposition muséale à Marseille en 2019, c’est la première fois qu’on peut voir en France les grandes facettes de son œuvre.
Ce qu’on y voit
L’exposition s’articule autour de deux installations monumentales : School, dont la salle de classe exiguë est tapissée de cartes et documents à la gloire de l’empire colonial français (la vérité d’une époque étant devenue scandaleuse) et Star, un voilier de plaisance à la coque courbée, pour faire des ronds dans l’eau plutôt que partir à la découverte. Les séries de sculptures les plus célèbres de l’artiste sont aussi là, des Box People (formes cubiques habillées dépourvues de têtes) aux Mind Bubbles (formes ovoïdes perchées sur des jambes longilignes), et aux Substitutes (vêtements rigidifiés apparaissant comme des moules vides) ou encore aux One Minute Sculptures, proposant aux visiteurs de devenir des sculptures vivantes éphémères en enfilant des pulls géants.
On aime
La dimension participative de l’exposition et la façon dont Erwin Wurm donne forme à l’absurde.

Mennour – Tadashi Kawamata – Bonsaï – jusqu’au 21 février
Pourquoi il faut y aller
Consacré par son Workshop au Centre Pompidou (2010), auteur de projets spectaculaires (de sa Favela Tower (Biennale de São Paulo, 1987) au Belvédère de l’Hermitage (Nantes, 2019), Tadashi Kawamata reste une figure référentielle de l’art contextuel et in situ, notamment pour ses constructions en bois recyclé qui transforment la perception de l’espace.
Ce qu’on y voit
Outre ses Tree Huts emblématiques, cabanes en bois fragiles suspendues dans les arbres – figurées ici par des lignes verticales peintes sur un fond de contreplaqué – la galerie mennour présente pour ce huitième solo de l’artiste une nouvelle série qui donne son titre à l’exposition : Bonsai. À la façon de miniatures, des cabanes assemblées à la main à partir de chutes de bois sont fichées sur de simples branches d’arbre, métaphores du refuge suspendues entre nature et culture, bricolages intimes entre deux projets monumentaux, comme celui qu’évoque Nest for Kamel Mennour Study (2018), présenté dans l’entrée de la galerie.
On aime
La pratique de Kawamata (en particulier son réemploi des matériaux) est aujourd’hui relue à l’aune des enjeux écologiques, ce qui lui confère une pertinence renouvelée.

In Situ-Fabienne Leclerc – Otobong Nkanga, etc – 10 janvier
Pourquoi il faut y aller
Alors qu’elle bénéficie actuellement d’un solo au Musée d’Art moderne de la ville de Paris – après avoir été mise en avant par le MoMa à New York d’octobre 2024 à juillet 2025, et avant sa participation à la prochaine Biennale de Venise, Otobong Nkanga invite trois jeunes artistes (Beau Disundi, Angyvir Padilla, Kicsy Abreu Stable), dans le nouveau solo que lui consacre sa galerie parisienne. La démarche, généreuse, éveille la curiosité.
Ce qu’on y voit
L’exposition occupe trois niveaux de la galerie qui investit aussi pour l’occasion un espace éphémère. Otobong Nkanga y présente plusieurs tapisseries (l’une, monumentale, provient de son solo au MoMA, les autres sont de formats plus domestiques), des sculptures reliant des formes en bois, en pierre et en verre soufflé, ainsi qu’une nouvelle série de dessins épurés sur tablettes d’argile, dont certains forment des diptyques avec des poèmes gravés. Ses œuvres dialoguent tour à tour avec les dessins au pastel gras et sec de Kicsy Abreu Stable, les grands paysages colorés sur carton de Beau Disundi, la vidéo et les sculptures d’Angyvir Padilla. Remarquablement orchestré, l’ensemble témoigne d’une réflexion sur la circulation des biens, le déracinement, la mémoire.
On aime
Ce solo transformé par Otobong Nkanga en une magistrale exposition collective reflète son goût des collaborations, des échanges et nous offre de découvrir trois artistes à suivre.

White Cube – Leon Wuidar – jusqu’au 21 février
Pourquoi il faut y aller
Léon Wuidar (1938) est un dessinateur, illustrateur, peintre et graveur belge peu connu en France, où le Centre Pompidou a cependant récemment fait l’acquisition de trois de ses toiles. Son travail, caractérisé par un mélange de rigueur et de fantaisie, recèle une part de mystère.
Ce qu’on y voit
Des tableaux de format modeste, datant des années 1960 au milieu des années 2010, témoignant de l’intérêt de l’artiste pour l’architecture et l’ornement mais aussi de son sens de l’humour subtil. La patience, le goût du jeu, se laissent déchiffrer dans cette peinture de signes usant de formes géométriques. Tandis que la palette de couleurs (ocres, gris sourds, roses tendres…), évoquant la pâle lumière du Nord, va en s’éclaircissant, l’exécution minutieuse semble au service de desseins secrets, qui invitent à la contemplation.
On aime
Découvrir tardivement une œuvre accomplie permet d’en apprécier la cohérence, la force et l’originalité ; tout ce qui lui a permis de traverser le temps.

Semiose – Stefan Rinck, Paddling Between Two Realities – 8 janvier – 7 mars
Pourquoi il faut y aller
Stefan Rinck est un plasticien reconnu pour son travail de sculpture sur pierre, exposé de la Biennale de Busan (Corée du Sud) au Centre d’art du Vent des Forêts (dans la Meuse), du domaine de Chamarande à la Pinacothèque de Munich. En 2019, il est répertorié parmi les « 100 Sculptors of Tomorrow » dans un ouvrage de référence publié par Thames & Hudson.
Ce qu’on y voit
Un bestiaire moitié pop moitié gothique de créatures aux traits finement ciselés dans la masse – Stefan Rinck pratique la taille directe. Et il s’amuse : en témoignent la richesse des référents culturels liés au répertoire historique de la sculpture (figures gardiennes et divinités zoomorphes), la maîtrise de différentes échelles, monumentales ou domestiques, la variété de matières (marbre rose, onyx, grès, calcaire…). Plus encore que la fantaisie des formes (ours grimaçant, demoiselle à tête de château, Labubu géant, alligator…), c’est le désœuvrement de ces figures fantastiques qui impose leur présence.
On aime
En sortant de leur contexte des formes sculpturales ou en détournant des figures familières, en les hybridant, Stefan Rinck provoque un amusement teinté de mélancolie : qu’avons-nous fait de nos symboles ?

Templon – Léonard Martin – Chef menteur – jusqu’au 14 mars
Pourquoi il faut y aller
Son parcours brillant l’a mené des Beaux-Arts de Paris au Studio National du Fresnoy, il a participé à la Nuit Blanche, à la Biennale de Lyon et à celle de Gwangju (Corée). Léonard Martin est un artiste à suivre. C’est sa deuxième exposition à la galerie Templon, la première à Paris.
Ce qu’on y voit
Une quinzaine de tableaux – certains comme des story-boards mis à plat sur des fonds monochromes, d’autres figurant des Arlequins bariolés – et des sculptures gonflables suspendues au milieu de l’espace : cet ensemble a été réalisé lors de la résidence récente de Léonard Martin à la Villa Albertine, à la Nouvelle-Orléans. Le carnaval, métaphore des désordres du monde, a nourri son inspiration. Celle-ci est condensée dans l’entrée de l’exposition sous une vitrine mêlant à la façon d’un cabinet de curiosité des éléments divers, colliers de perles de pacotille, lunettes en plastique, instantanés du défilé, silhouettes grotesques dessinées… Le titre de l’exposition «Chef menteur», renvoie à celui d’une autoroute de la région. Mais le chef monteur est aussi, dans le vocabulaire audiovisuel, celui qui supervise le montage du film. Une interprétation plausible pour cet artiste qui navigue entre littérature et cinéma, une clé même pour comprendre sa façon d’assembler les images.
On aime
Entrevoir le processus artistique qui permet à l’artiste dans son atelier de composer ses visions, entre dessin, peinture, sculpture et images en mouvement