Hélène Smith & Hugues Reip
galerie Laurent Godin – jusqu’au 29 juillet

Esprit es-tu là ? Un souffle magique passe dans la première exposition que la galerie Laurent Godin consacre à Hugues Reip, cinq ans après sa rétrospective au Credac. Cette brise féérique fait tournoyer en apesanteur les petits tas poussière suspendus à des fils de kevlar de son installation Black Sheeps (2014) et allume des éclairs dans son film la Tempête (2017). Photographies, objets-sculptures bricolés, dessins à l’encre de Chine et à l’aquarelle, collages … nous entraîne dans une incursion aux confins de la nature et du fantastique.
Une dérive poétique qui entre judicieusement en résonance avec l’ensemble inédit de dessins de la peintre et médium Hélène Smith réalisés à l’issue de séances de spiritisme.

 

 

Pol Taburet
Balice Hertling– jusqu’au 13 juillet

Peintre phénomène, Pol Taburet fut repéré en 2020 alors qu’il était encore élève à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, puis consacré par l’entrée de ses œuvres dans la collection Pinault. Ses tableaux aux teintes rouges, jaunes et violettes, convoquent la mythologie antique et les rituels vaudou tout autant que l’histoire de l’art, notamment Francis Bacon, référence littéralement criante dans Sacred Pit.  Cette fois-ci – et alors que la fondation Lafayette Anticipations lui offre son premier solo en institution, dévoilant notamment un ensemble inédit de sculptures–, la galerie choisit d’éclairer son travail par une présentation de dessins, en parallèle de quelques toiles. Réalisées au crayon et au feutre, ces œuvres sur papier de petit format, parfois de simples fragments esquissés, séduisent par leur fragilité et l’étrangeté qui se dégage de leur univers artistique.

 

Alex Katz – Purple Splits
Thaddeus Ropac Marais – jusqu’au 29 juillet

Entre mouvement pop et référence à Matisse, Alex Katz n’en finit pas de questionner le genre du portrait. On reconnaît immédiatement ses visages féminins aux larges aplats de couleurs franches, réalisés dans une esthétique qui rappelle celle des panneaux publicitaires. Pourtant le peintre de 96 ans, récemment consacré par une rétrospective au Guggenheim à New York, refuse de se laisser enfermer dans une case. Pour cette nouvelle série, il a ainsi travaillé d’après photo et composé des images coupées et recadrées selon de multiples points de vue, dans un jeu sur la perspective créant une illusion de mouvement et soulignant l’impossibilité de saisir un tout. Célébrant la lumière, sa peinture est moins lisse et plus conceptuelle qu’il n’y paraît.

 

Aurélien Froment – Il était une fois et il n’était pas …
Marcelle Alix – jusqu’au 22 juillet 23

Deux films d’Aurélien Froment sont présentés dans cette exposition, sa troisième à la galerie. Le premier, enchaînant deux longs plans séquence sur un joueur sarde de launeddas (un instrument à vent) puis sur un chanteur sénégalais interprétant un air bollywoodien a capella, semble s’inscrire dans un registre documentaire, mais il ne comporte aucune indication de temps ni de lieu.
Le second, dans une veine surréaliste, juxtapose les images d’une maquette d’oreille interne avec des extraits de dialogue de cinéma, une référence constante dans l’œuvre de l’artiste. Livrant ici et là les indices d’une histoire fragmentaire dont la reconstitution est laissée à notre imaginaire, Aurélien Froment nous place dans des conditions d’extrapolations rêveuses où les sens (la vue, l’ouïe) se combinent aux émotions.
Exposé dans de nombreuses institutions (le Plateau/ FRAC Ile de France, Paris (2014), Le Crédac (2011), Gasworks, Londres (2009) …). Il bénéficie cet été d’une exposition aux Rencontres de la Photographie d’Arles.

 

 

Chiharu Shiota – Memory under the Skin
– Templon – jusqu’au 22 juillet 

On retrouve ici les installations spectaculaires de fils tendus qui ont rendu Chiharu Shiota célèbre à travers le monde – du pavillon japonais de la Biennale de Venise en 2018 au domaine de Chaumont sur Loire, du Centro Cultural Bancodo Brasilà à Rio de Janeiro au Zentrum für Kunst und Medien à Karlsruhe, en Allemagne … Mais cette exposition comporte également de nouvelles pièces, plus intimistes, réalisées en bronze et en laiton. En travaillant ces matériaux plus solides et pérennes, l’artiste explique avoir voulu « créer quelque chose qui demeure après (sa) disparition ». Ses sculptures de format plus domestique évoquent des fétiches dédiés à « l’existence dans l’absence », un de ses thèmes de prédilection.

 

 

Nina Childress – Unisexe
Art : Concept – jusqu’au 22 juillet

C’est la première exposition personnelle de Nina Childress chez Art : Concept, sa nouvelle galerie parisienne. La peintre connue pour sa passion des idoles seventies la décline ici en une galerie de portraits masculins-féminins. Ils ont les yeux jaunes et les cheveux longs, elles sont bien peignées. On les observe s’observer, rock star et future sex symbol, dans un jeu de miroirs qu’accentue les doubles et les vibrations des toiles holographiques, ainsi que les accessoires (foulards, cravates… ) accrochés à la toile, puisque tout n’est qu’illusion. Peintre reconnue, (ses œuvres figurent dans les collections du Musée National d’Art Moderne, du Mamco de Genève, du MAC Val et de plusieurs Fonds régionaux d’art contemporain) Nina Childress joue avec les codes du bon et du mauvais goût, donne à la nostalgie des couleurs fluo et trace au pinceau des détails de crinières comme on peignait autrefois des drapés.

 

 

John DeAndrea – Grâce
Georges Philippe et Nathalie Vallois – jusqu’au 22 juillet

À l’affiche de l’exposition Hyper-sensible (musée d’art de Nantes) qui bat actuellement des records de fréquentation, John DeAndrea est l’un des maitres incontestés de l’hyperréalisme. Depuis la Documenta de 1972, où le sculpteur américain représenta un couple d’amants enlacés nus, le genre ne choque plus, mais il n’en finit pas de fasciner. Ce solo à la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, qui réunit des œuvres récentes, figurant essentiellement des femmes devêtues aux poses académiques, rappelle, comme cet Ensemble de moules (2022) que l’exercice commence dans l’atelier, et qu’il s’agit avant tout d’un exercice d’observation, pour parvenir, peut-être, dans un instant de grâce, à faire surgir dans la matière une étincelle de vie.