8 EXPOS à voir en galerie en mai
Par Anne-Cécile Sanchez

1| Points, lignes, plans
10 avril – 27 juin 2026
Galerie Le Minotaure
Pourquoi il faut y aller
En 1926, Kandinsky posait le principe d’une esthétique détachée de toute référence figurative au profit d’un vocabulaire plastique de formes géométriques. Cent ans plus tard, Mathieu Mercier (prix Marcel Duchamp 2003) imagine un accrochage de groupe magistral qui revisite le postulat du Bauhaus.
Ce qu’on y voit
L’exposition est répartie dans les deux espaces de la galerie, rue de Seine et rue des Beaux-Arts. Elle rassemble les œuvres d’une cinquantaine d’artistes, des dalles en acier de Carl André aux pochettes cartonnées monochromes posant en trophées dérisoires d’Elsa Werth (Victory erasers). En passant par les compositions délicates de Cécile Bart, un mètre étalon de Xavier Veilhan, les toiles poétiques de Camilla Oliveira Fairclough… Les artistes émergents sont au coude à coude avec les maîtres modernes et contemporains, la scénographie, dense mais aérée, privilégiant les associations d’images et d’idées, tel ce Disque jaune de David Malek surplombant l’exposition à la façon d’un grand soleil suprématiste.
On aime
En osant des rapprochements inattendus affranchis de toute hiérarchie, ce méli-mélo savant, disposé au cordeau, évoque l’intimité d’un collectionneur averti.

2 | Clara Lou Villechaise & Rémi Galtier
collant, poisseux, visqueux
19 mars – 14 mai 2026
Galerie Nicolas Sallou
Pourquoi il faut y aller
Le docteur Nicolas Salloum a choisi de concilier sa pratique de thérapeute et sa passion pour l’art, en ouvrant en mars une galerie dédiée à la création contemporaine où il exerce à mi-temps comme psychanalyste. L’originalité du modèle et la justesse de ce premier accrochage retiennent l’attention.
Ce qu’on y voit
Les sculptures en céramique de Rémi Galtier dialoguent avec les peintures de Clara Lou Villechaise, dans ce qui semble un épanchement fluide de matière instable circulant entre leurs œuvres. Les céramiques de Rémi Galtier hésitent à prendre forme, comme saisies dans un entre-deux transitoire qui déjoue les attentes, bien qu’incorporant parfois un usage fonctionnel, vase ou lampe. Les huiles sur bois de Clara Lou Villechaise captivent le regard en dépeignant un décor bucolique comme pollué par des écoulements mucilagineux.
On aime
Les sculptures de Rémi Galtier comme les tableaux de Clara Lou Villechaise suggèrent un état non défini, antérieur ou à venir, qui engage le spectateur en l’invitant à considérer le décalage entre ce qu’il regarde et ce qu’il voudrait voir.

3 | Le Choc Nabi
9 avril – 6 juin 2026
Waddington Custot
Pourquoi il faut y aller
Cette exposition, qui fait dialoguer l’esthétique des peintres Nabis avec les œuvres d’artistes contemporains, est emblématique de la démarche de la galerie, implantée à Londres et à Dubaï, qui inaugure ce printemps une antenne parisienne.
Ce qu’on y voit
L’accrochage réunit les œuvres d’une vingtaine d’artistes, pour moitié historiques (Émile Bernard, Pierre Bonnard, Maurice Denis… Édouard Vuillard) dans un jeu de correspondances avec les tableaux d’une dizaine de créateurs contemporains (d’Etel Adnan à Fabienne Verdier en passant par Christine Safa, François Réau…). Les toiles épurées d’Etel Adnan entrent ainsi en résonance avec la Notation chromatique de Charles Filiger. Les vibrations à l’œuvre chez Bonnard et Vuillard se retrouvent dans la fluidité colorée des compositions de Ian Davenport…
On aime
L’ambition de cette exposition inaugurale s’inscrit dans un mouvement très actuel de mise en regard des œuvres historiques avec des créations contemporaines, offrant par là une nouvelle lecture des unes et une légitimité accrue aux secondes.

4 |Guillaume Valenti
Système domestique
16 avril – 30 mai 2026
Parliament
Pourquoi il faut y aller
Pour sa troisième exposition à la galerie, Guillaume Valenti revient sur son sujet de prédilection, l’histoire de l’art et la manière dont l’image se construit dans des lieux comme les musées, les galeries ou les intérieurs domestiques.
Ce qu’on y voit
Un ensemble de huit toiles est présenté dans l’espace, dont une série de Bibliothèque (dans des variations de rouge, vert, gris et blanc) sur les rayonnages desquelles figurent des objets familiers, des livres, des tableaux, ou des chats. Ce motif apparemment simple déploie pour l’amateur d’art tout un champ de citations, de la grille moderniste de Mondrian au dispositif conceptuel de l’étagère en passant par la matérialité du tableau. La lumière saisie au fil des heures de la journée permet à Guillaume Valenti de décliner tous les effets et les artifices de la peinture à sa disposition, offrant ainsi une variation sur le thème de l’autoportrait de l’artiste.
On aime
À la fin du 19ème siècle, Monet peignait la cathédrale de Rouen à différentes heures du jour, montrant comment une façade gothique peut devenir une source infinie de variations lumineuses. Guillaume Valenti peint modestement sa bibliothèque sous différents éclairages, reprenant ce principe sériel à la manière d’un hommage qui dit aussi la pulsion du peintre.

5 | Philippe Decrauzat
Dedans Dehors
3 avril – 23 mai 2026
Devals
Pourquoi il faut y aller
Nominé pour le prix Marcel Duchamp en 2022, Philippe Decrauzat bénéficie en ce moment d’une exposition personnelle au MRAC, à Sérignan. L’artiste poursuit une réflexion formelle sur la perception qui place le visiteur au centre de son dispositif.
Ce qu’on y voit
Cette deuxième exposition à la galerie se concentre sur trois « shaped canvas » issus de la série « Feedback Loop », à partir d’une forme labyrinthique. Un dessin d’André Masson – représentation stylisée d’un intestin enroulé sur lui-même – réalisé pour la couverture de la revue Acéphale (vers 1936-1937) sert de point de départ à cette peinture sculpturale d’une perfection méticuleuse. L’œuvre de Decrauzat, nourrie de multiples références culturelles et scientifiques, suggère une inspiration se déployant elle aussi comme une spirale sans fin. Le motif abstrait concentrique produit quant à lui un état hypnotique qui invite à se situer tour à tour « dedans dehors », à la fois sujet et spectateur.
On aime
Le réseau d’indices semé par l’artiste, comme le fait que la revue Acéphale était cofondée par Georges Bataille, lui-même auteur d’une transgressive « Histoire de l’œil » (1928).

6 | Pierre Gaignard
Printemps paramétrique
18 avril – 13 juin 2026
Galerie Eric Mouchet
Pourquoi il faut y aller
Cofondateur du Wonder, à Paris – un lieu géré par et pour des artistes – Pierre Gaignard occupe une place singulière dans la scène contemporaine française, à la jonction d’une pratique d’atelier, d’une culture du collectif et d’une recherche formelle narrative.
Ce qu’on y voit
La galerie réunit notamment différents ensembles récents de sculptures lumineuses. La conception et la fabrication de ces « néons » est très emblématique de la démarche de Pierre Gaignard, entre culture du DIY et recherche plastique pour donner forme à une mémoire fictive. Il s’est inspiré ici de la technique de la gravure sur porcelaine (lithophanie) qu’il réinterprète grâce à un procédé d’impression 3D restituant les effets de transparence ainsi que l’aspect mat du « biscuit ». Les images gravées, quant à elles, hybrident planches botaniques anciennes et création assistée par IA, dans un registre médiéval futuriste.
On aime
En articulant pratique artisanale, outils numériques et quête symbolique, Pierre Gaignard parvient à donner forme à une exploration du passé aux paramètres très contemporains.

7 | Michel François
25 avril – 20 juin 2026
Art : Concept
Pourquoi il faut y aller
Avec ce premier solo, la galerie accueille parmi ses artistes Michel François, autrefois représenté à Paris par Mennour, et dont le travail est également défendu par la galerie belge Xavier Hufkens.
Ce qu’on y voit
L’exposition embrasse trente ans de sa création : depuis le Savon mâle géant jusqu’aux Peintures d’usure et Rotopainting qui semblent intégrer dans le tableau la dynamique de la sculpture, en passant par ses Scribble lumineux. La grille, motif récurrent dans l’œuvre de Michel François, est convoquée en devanture par la photo d’une clôture de fils de fer rongée par le vent, trouée, métaphore de l’enfermement et de l’évasion (rappelons que Michel François a animé un atelier avec des criminels récidivistes à la clinique « TBS de Kijvelanden », aux Pays-Bas). L’économie de moyens caractérise l’ensemble des pièces, certaines à la façon de readymade, toutes parlant de l’érosion à l’œuvre.
On aime
La porosité entre le réel et l’imaginaire que vient illustrer l’ouverture circulaire percée par l’artiste dans un mur de la galerie, matière retirée par le geste du sculpteur comme une trace de son passage.

8 | Rose Wylie
Henri, Egypt…Bette, Bear
2 avril – 23 mai 2026
David Zwirner
Pourquoi il faut y aller
On redécouvre depuis une quinzaine d’années l’œuvre de Rose Wylie (1934) qui vient de bénéficier en 2026 d’une rétrospective à la Royal Academy of Arts. Il s’agit de sa huitième présentation par David Zwirner, et de sa première exposition en France.
Ce qu’on y voit
Si la « Bad painting » a ses représentants américains (Jean-Michel Basquiat, Julian Schnabel…), allemands (Albert Oehlen…), autrichiens (Arnulf Rainer), Rose Wylie apparaît comme le chaînon manquant britannique. Ses grandes peintures (certaines très récentes), réalisées à même la toile brute, laissent voir tous les repentirs en conservant la spontanéité de l’expression initiale. Pleines de force, d’allégresse parfois, elles ont le caractère banal des choses vues (la maison du voisin derrière la haie, un documentaire sur la danse diffusé par la BBC…) ou la familiarité des modèles admirés, comme cet hommage au Douanier Rousseau, dont Rose Wylie reprend la rencontre improbable entre un chasseur, un ours et une blonde de Mauvaise Surprise (tableau de 1899-1901 conservé à la fondation Barnes, à Philadelphie).
On aime
Les dessins et les collages présentés, préalables aux peintures, renforcent la compréhension de la démarche de l’artiste dont on découvre le style et l’univers.