Pour sa quatrième édition, la Biennale Artocène investit la commune de Saint-Gervais du 28 juin au 14 septembre. Pour l’occasion, douze artistes internationaux s’intéressent aux Corps augmentés au coeur de la Haute-Savoie.

Dés leur arrivée en gare de Saint-Gervais Le Fayet, les vacanciers de Haute-Savoie sont accueillis par de grandes sculptures molles et colorées, bardées de cordes, de crampons et de mousquetons. Accroché à la charpente de la gare, ce matériel technique ultra-coloré compose l’installation de l’artiste Amandine Curruceaga. Grande sportive, elle a choisi de se saisir de ces outils qui dénotent avec le paysage, autant qu’ils nous permettent de l’embrasser et constituent depuis plus d’un siècle le lexique contemporain de la montagne.
Ces œuvres introduisent la 4e édition de la Biennale Artocène. Installé depuis 3 ans à Chamonix, l’évènement prend cette année ses quartiers dans la commune voisine de Saint-Gervais. Au programme, douze artistes s’emparent de dix lieux emblématiques de la ville et tentent d’initier un dialogue avec le Mont-Blanc et ses environs. Intitulée Corps augmentés, cette édition propose une méditation sur la manière dont les corps et les organismes tentent de s’adapter à leur environnement dans un processus biologique ou dans une démarche technique.

À pile-pont, centre d’art situé dans l’un des piliers du pont de la ville, une vaste cathédrale de béton accueille une nouvelle installation de Hugo Servanin. Ce dernière s’est intéressé à l’histoire de Georges Mallory, premier alpiniste à s’être confronté à l’Everest et dont le corps du compagnon de cordée a été retrouvé dans le glacier soixante-dix ans après sa disparition. L’artiste propose un paysage minéral duquel émerge ses corps hybridés. Les blocs de béton qui le composent, arrivés brut sur le site, ont été travaillés une nuit durant par l’artiste ; faisant ainsi apparaître ça et là les chimères qui y avait été préalablement enfouies par son équipe.


La remontée mécanique du Bettex accueille quant à elle une oeuvre d’Oliver Laric. Pour Artocène, l’artiste autrichien s’est intéressé à la figure du Gypaète barbu, un oiseau iconique du territoire, disparu il y a plus d’un siècle et récemment réintroduit dans la région. Sa sculpture se devine, nichée dans l’une des télécabines filant vers le Mont d’Arbois. De bout en bout de cette machinerie qui gravit la montagne, c’est Nefeli Papadimouli et Panotis Profitis qui s’emparent respectivement du hall du Valléen et d’un des panoramas de la ville. Sur le flanc de la montagne voisine, après quarante-cinq minutes de tramway on découvre au milieu d’un champ, les oeuvres de l’artiste Guilia Cenci : des créatures d’aluminium aux larmes nourricières. L’eau qui s’en écoule est alimentée par le glacier et sert d’abreuvoirs aux vaches en pâturage.
Avec elleux, les artistes Camille Henrot, Yan Tomaszewski, Zhang Yunyao, Rebecca Allen, Cecile B. Evans et Loucia Carlier complètent la programmation. Tous et toutes interrogent le corps, la technologie, le vivant et la montagne comme espaces de contemplation et de contraintes.


Camille Bardin — Juillet 2025