News climat : l’art en transition
➘ Chaque mois, PROJETS collabore avec Art of Change 21, expert en art contemporain et environnement, pour proposer, avec la journaliste Anne-Cécile Sanchez, une sélection d’initiatives artistiques et culturelles qui prennent à bras-le-corps les enjeux environnementaux. Résidences, expositions, recherches, mobilisations : un autre regard sur le monde de l’art.

Les temps géologiques vus par Julien Charrière

Le Museum of Old and New Art (MONA) de Tasmanie accueille début juin une exposition de Julien Charrière ainsi qu’une installation permanente intitulée Breathe. Insérée dans les fondations mêmes du musée, celle-ci relâchera des molécules d’oxygène enfermées dans des couches de minerai de fer formées il y a 2,4 milliards d’années. Inauguré en 2011, le musée hébergeant les collections du milliardaire David Walsh entame par ailleurs un nouveau chapitre de son existence avec l’inauguration d’une aile supplémentaire.

L’art précaire de Cecilia Vicuña

Honorée en 2022 d’un Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière à la Biennale de Venise, Cecilia Vicuña bénéficie à partir du 29 avril d’une exposition personnelle au Castello di Rivoli « El glaciar ido » (Le glacier qui disparaît). Cette adepte de « l’art précaire » présentera des architectures aériennes en laine brute tissée au-dessus de pièces d’eau symbolisant les glaciers disparus de la vallée de Suze. L’exposition comprendra aussi des chants et des poèmes en mémoire des peuples indigènes et pour la défense de l’environnement.

Les musées de Los Angeles font face au réchauffement

Les principales institutions artistiques de Los Angeles (Getty, LACMA, MOCA, Hammer Museum ainsi que la galerie Hauser & Wirth) viennent de s’engager à agir pour lutter contre le réchauffement climatique tout en protégeant mieux leurs collections. Elles adoptent le Bizot Green Protocol conçu en 2015 (et révisé continuellement) notamment en réduisant les déplacements en avion et les déchets générés par les expositions, et en menant des projets pilotes pour réduire leur empreinte écologique.

Les créatures non humaines et nous

Au Centre pour l’art contemporain KINDL de Berlin, l’exposition « An intimacy with strangers » regroupe jusqu’au 26 juillet les œuvres de treize artistes (dont Giuseppe Penone, Tacita Dean, Marcus Coates, Peggy Atherton…) explorant nos relations intimes avec les autres êtres vivants. Vidéos, photos, sculptures et installations mettent en perspective les moments de contact avec nos « compagnons planétaires » – selon l’expression de la biologiste Lynn Margulis – qui produisent notre nourriture et jusqu’à l’air que nous respirons.

Une exploration du monde des oiseaux

Au centre international de l’art et du paysage de l’île de Vassivière, « Langues empruntées » réunit jusqu’au 14 juin une dizaine d’artistes internationaux dont le travail aborde les relations entre l’humain et l’oiseau à travers le langage. Sculptures, installations, peintures, dessins, vidéos et photographies témoignent des manières dont on cherche à comprendre, transcrire et reproduire les chants et les comportements des oiseaux. À la recherche de formes de proximité entre les espèces, l’exposition entre en résonance avec la biodiversité de l’île qui abrite plusieurs espèces protégées.

Anatomie, histoire et symbolique des graines

À la base de notre subsistance, et donc de notre vie, les graines ont généré un savoir préservé et transmis dans chaque région du monde. Incarnation de la biodiversité végétale, elles représentent aussi un symbole d’espoir. L’exposition « Seeds. Reclaiming Roots, Sowing Futures » qui leur est consacrée ouvre le 10 avril au Kunsthaus de Vienne (Autriche) dans le cadre de la Biennale du climat. Les œuvres de quatorze artistes (parmi lesquels Kapwani Kiwanga, Cecilia Vicuña, Ackroyd & Harvey, Alexandra Baumgartner…) établissent des passerelles entre art, écologie et activisme.

À Bruxelles, un jardin intérieur vivant

Entre recherche scientifique et expérimentation artistique, The Blue Hour du plasticien Adrien Lucca est présentée au musée de l’Institut des Sciences Naturelles de Bruxelles jusqu’au 14 juin. Conçue avec des chercheurs et des entomologistes de l’Institut, cette installation prend la forme d’un jardin intérieur éclairé par des systèmes LED simulant les conditions du crépuscule. Elle révèle comment les insectes s’orientent grâce à de subtils contrastes de couleur entre feuilles et fleurs et comment la pollution lumineuse perturbe cette délicate interaction écologique.

Un programme pour la transition écologique

Le 7 avril sera lancé au Musée de la Chasse et de la Nature le programme VIF, qui s’est donné pour but de faire de la culture (« Vivante, Inspirante et Fertile ») un levier de la transition écologique et de la préservation de la biodiversité. Un outil d’autoévaluation et un guide méthodologique issus de la consultation d’une cinquantaine d’institutions culturelles, lieux de création, festivals et domaines patrimoniaux seront présentés par l’association COAL. Ce dispositif précède d’un an la future plateforme OCRE soutenue pour sa part par Paris Musées.

À Londres, un dispositif artistique à visée pédagogique

L’installation Serpentine Currents de Dana-Fiona Armour, présentée jusqu’au 26 avril 2026 à Somerset House, se situe à la croisée de l’art et de la science. Suspendue dans la cour historique du lieu, cette sculpture lumineuse en trois parties, créée à partir du scan 3D d’une espèce de serpent marin menacé (Aipysurus fuscus), utilise des données océanographiques pour visualiser les changements environnementaux en cours. Les motifs lumineux reflètent l’évolution des températures et de la salinité des eaux, transformant un enjeu écologique complexe en une expérience esthétique.

La galerie 22,48 m2 voit la vie en rose

La rose et l’araignée, première exposition personnelle de Florian Mermin à la galerie 22,48 m², se présente comme une installation immersive mêlant sculpture, tableau, parfum et récit poétique. À partir d’œuvres récentes témoignant de ses recherches sur les métamorphoses du monde végétal et animal, l’artiste compose un intérieur baroque. Les roses, symboles de cycles naturels, et les araignées, suggérant les liens fragiles, servent de prétextes à une réflexion sur notre rapport ambivalent à la nature, transformée ici en décor fantastique.