7 EXPOS à voir en galerie en juillet
Par Anne-Cécile Sanchez (@annececilesanchez)

Anne-Sarah Benichou – Léonore Chastagner – Ce qu’il faut aimer est absent – jusqu’au 24 juillet
Pourquoi il faut y aller
Présenté au 68e Salon de Montrouge, son travail de sculpture a reçu le Prix du Jury et le Prix Centrale for Contemporary Art à l’Art Prize de Ceramic Brussels. Il a fait l’objet de deux expositions personnelles en 2024, en partenariat avec le MO.CO. (Montpellier).
Ce qu’on y voit
Placées sur des socles, les sculptures en argile grise, noire ou blanche, offrent au regard un aspect mat. Elles représentent des objets familiers, une pelote, un pull, un châle replié, un lit défait, mais aussi des silhouettes dépourvues de visage, ou des fragments de corps, en particulier des mains. Certaines sont à taille réelle, d’autres ont été agrandies ou au contraire rétrécies, évoquant l’intimité domestique et ses rituels minuscules, le soin apporté aux choses. L’artiste parle des cellules de nonne, ces maquettes réalisées par les religieuses, et explique comment elle cherche à fixer des sensations fugitives incarnées dans ses artefacts.
On aime
La sculpture de Léonore Chastagner embrasse une ambition en décalage avec l’apparente modestie de son échelle et de ses sujets ; c’est dans ce décalage que se loge l’émotion qu’elle suscite.

Galerie Sator – Victor Garel – Fatrasie – jusqu’au 18 juillet
Pourquoi il faut y aller
Diplômé en septembre 2025 de la Glasgow School of Art, Victor Garel, peintre et dessinateur, a déjà été remarqué pour ses tableaux très construits dans un genre relevant de la figuration narrative. C’est son premier solo en galerie.
Ce qu’on y voit
Le travail de Victor Garel se caractérise par ses compositions au style onirique peuplées de bonhommes aux visages maussades et d’objets symboliques. Si l’emploi de couleurs franches, jaune et vert acides, bleu électrique, rouge sombre, noir et blanc contrastés, renvoie à une palette moderniste, le peintre cite pêle-mêle, parmi ses références, des maîtres comme Giotto (1266-1337), Max Beckmann (1884-1950), Philip Guston (1913-1980), ou Dana Schutz. Difficile de discerner ce qu’il emprunte aux unes et aux autres tant son univers impose une esthétique singulière, nourrie de sources variées (bande-dessinée, iconographie religieuse, contes populaires ) tout en affichant une grande cohérence et une parfaite étrangeté.
On aime
L’humour noir qui plane sur ces scènes théâtrales dans lesquelles la gravité des personnages s’oppose aux actions souvent absurdes, voire cocasses, dans lesquelles ils sont engagés.

Pop Up Giovanni’s room – Ricardo Fumanal Pressure point – jusqu’au 20 juin
Pourquoi il faut y aller
La notoriété de Ricardo Fumanal tient moins à une reconnaissance institutionnelle qu’à une forte présence dans les sphères de la mode et de l’édition. Entre illustration de presse (El Mundo, Dazed & Confused, Vogue Japan, i-D, Harper’s Bazaar …), et arts plastiques, il s’est fait connaître pour son style hyperréaliste et ses images ambiguës
Ce qu’on y voit
Cette deuxième exposition avec la galerie Giovanni’s room de Los Angeles – la première à Paris, où celle-ci ouvre en pop up – présente un corpus de nouvelles peintures figuratives à l’huile aux couleurs saturées. Cadrés à la façon de gros plans, les tableaux de Ricardo Fumanal contiennent un hors-champ indécis. Un revolver déculassé placé à côté d’un pot de lubrifiant sur le rebord d’un lavabo, un sac en cuir noir sanglé, des mains entravées par une paire de menottes, ou gantées de cuir … : l’imagerie convoquée oscille entre scène de sexe ou de violence, comme en écho à la mémoire de Pasolini – auquel renvoie explicitement le titre de la galerie.
On aime
La trivialité du sujet, entre cliché homoérotique et masculinité toxique, rentre en tension avec la délicatesse de cette peinture sensuelle.

Marcelle Alix – Marie Voignier – Signal – jusqu’au 25 juillet
Pourquoi il faut y aller
Finaliste du prix Marcel Duchamp (2018), Marie Voignier explore à travers le film, la photographie et des méthodes proches de l’investigation, les zones de friction entre le réel et sa mise en image. Ses films ont récemment été projetés dans le cadre d’un cycle que lui a consacré le Jeu de Paume, à Paris.
Ce qu’on y voit
Un ensemble de tirages argentiques en noir et blanc, de petit format, offrent au regard des gros plans sur des portions de sol. Chargés de signes pour qui sait les voir, ces prélèvements de paysage ordinaires demeurent illisibles au non initié – faisant écho à l’ouvrage de référence de l’historien d’art Daniel Arasse « On n’y voit rien ». Deux films sont également projetés. Au sous-sol, Anamocot (2025) revient dans un village du Cameroun où l’avait d’abord conduite l’obsession d’un cryptozoologue pour une bête mythique et où Marie Voignier a eu accès à l’organisation rituelle des femmes, qui lui était restée jusque-là invisible.
On aime
La caméra de Marie Voignier procède par affleurements d’une réalité brutale, marquée notamment par la mondialisation, l’épuisement des ressources naturelles et les séquelles du colonialisme.

Sultana – Philipp Timischl – L’exposition continue derrière vous – jusqu’au 25 juillet
Pourquoi il faut y aller
La notoriété de Philipp Timischl s’est construite au gré de ses expositions dans des institutions et de la présence de ses installations, associant peinture et vidéo, dans des événements tels qu’Art Basel Unlimited, à Bâle, en 2021, ou la Biennale de Lyon, l’année suivante. Il a exposé chez Hauser & Wirth Paris en septembre dernier, dans le cadre du programme Invite(s).
Ce qu’on y voit
On entre dans la galerie en se glissant entre une rangée de tableaux suspendus par des chaînes et reprenant le titre de l’exposition, lequel invite à se retourner vers la rue. Cette volte-face symbolique introduit le premier solo de Philipp Timischl à la galerie Sultana. Poursuivant sa réflexion sur les images et sur les conditions de leur visibilité, l’artiste a produit une série de diptyques asymétriques, moitié sur écrans LED, moitié sur toiles, disposés, à la façon de sculptures, à même le sol. Dès lors, le regard navigue entre d’un côté la composition abstraite peinte et le film qui la documente selon des cadrages et des éclairages qui en modifient la perception. Il en résulte un certain inconfort, une distance non dénuée d’ironie.
On aime
À la dimension critique du dispositif s’ajoute l’audace formelle d’une peinture qui assume d’échouer à dire, voire de rester silencieuse.

Jocelyn Wolff – Francisco Tropa – Miss America – jusqu’au 20 juin
Pourquoi il faut y aller
Connu pour des installations ambitieuses mêlant sculpture, dessin, peinture, photographie, film et dispositifs optiques, Francisco Tropa – qui a représenté son pays à la Biennale de Venise en 2011 – est l’un des artistes portugais les plus regardés de sa génération. Le musée d’Art Moderne lui a consacré une rétrospective en 2022.
Ce qu’on y voit
L’exposition présente un dispositif scénographique associant sculptures, dessin, langage et architecture, renvoyant à une narration énigmatique autour d’un naufrage. Dans une deuxième partie, elle comporte également des ensembles de clichés-verres aux compositions abstraites. Deux grandes sculptures reprenant, l’une les formes agrandies d’un galet vaguement anthropomorphe, l’autre, celles d’un débris de coquillage, surplombent le tout, qui forme les deux chapitres d’une fiction Miss America, dont le premier volet a été récemment présenté au Palazzo De’ Toschi à Bologne sous le commissariat de Simone Menegoi.
On aime
Amoureux de Mallarmé et de Duchamp, Francisco Tropa poursuit une démarche conceptuelle qui se double d’une passion pour les techniques traditionnelles – ici, la photogravure. Son œuvre se situe à l’intersection féconde de ces deux tropismes.