7 EXPOS à voir en galerie en septembre

Par Anne-Cécile Sanchez

1/ Hauser & Wirth Invite(s) Arthur Gillet – jusqu’au 26 septembre

Pourquoi il faut y aller
Avec une carte blanche au Grand Palais (où ses peintures sur soie monumentales flottent dans le Salon Seine) et une exposition dans le cadre du programme Hauser & Wirth Invite(s), Arthur Gillet, jusqu’ici quasi inconnu, occupe, en cette rentrée, le devant de la scène parisienne.

Ce qu’on y voit
Un corpus de peintures sur cuivre de petit format ainsi que des sculptures où revient le motif de la flèche. Les tableaux, à la façon de saynètes, abondent en références à l’histoire de l’art (des enluminures sacrées au graffiti en passant par Chirico, ou Hilma af Klint pour les motifs ésotériques) mais se regardent aussi au prisme de la biographie du plasticien. Enfant élevé par des parents sourds, Arthur Gillet a grandi dans la banlieue de Rennes et appris tard la langue des signes, qui ne fut officiellement reconnue qu’en 2005 ! Il prête une attention toute particulière aux questions touchant à la communication, à l’interprétation et à l’exclusion, autant de thèmes traités tels des allégories imagées.

On aime
La riche palette chromatique inspirée de la Renaissance italienne et la préciosité du liseré de cuivre transfigurent la dureté de l’expérience de l’artiste en une sorte de légende dorée, un récit d’émancipation par l’art.

2/ Wolfgang Tillmans – Glade / Clairière – Chantal Crousel – jusqu’au 10 octobre

Pourquoi il faut y aller
Un an après son exposition au Centre Pompidou et au terme d’une année passée aux Beaux-Arts de Paris comme professeur invité, Wolfgang Tillmans revient à la galerie Chantal Crousel avec un ensemble qui poursuit son exploration de ce qui fait image.

Ce qu’on y voit
L’exposition réunit un ensemble de photographies (Paysages à Grande Vitesse, natures mortes, portraits…) mais aussi des Intervention Pictures (2000-en cours), dans lesquelles Wolfgang Tillmans laisse la lumière dessiner des lignes de pliage sur du papier photosensible. Au sol sont disposées çà et là de sculpturales boucles de cordage industriel bleu. Enfin, une œuvre vidéo en deux volets, Cité Shadows / Seine Turbulences, filmée au cours d’une résidence de l’artiste à la Cité Internationale des arts, fait office d’autoportrait en mouvement dans l’atelier et d’archive filmique. Le fil directeur suit la tension entre ce qui relève de la composition et de l’apparition, entre ce qui est mis en scène et ce qui est saisi.

On aime
Cultivant l’ambiguïté entre hasard et construction, Wolfgang Tillmans nous invite à nous demander comment nous regardons les images (leurs formes, leurs couleurs, leur dynamique…) afin d’en tirer des conclusions sur ce qu’elles représentent.

3/ Christian Marclay – White Cube – jusqu’au 10 octobre

Pourquoi il faut y aller
Lion d’or à la Biennale de Venise en 2011 pour son installation vidéo The Clock, Christian Marclay est un artiste multimédia qui bénéficie d’une solide reconnaissance institutionnelle. Ses œuvres font partie des collections des plus grands musées et il a fait l’objet en 2022 d’une rétrospective au Centre Pompidou. La galerie présente deux ensembles inédits.

Ce qu’on y voit
Dans les années 1980, Marclay réalise ses premières interventions de peinture et de collage sur les pochettes de disques avec sa série Imaginary Records. Il ne cesse depuis de déplacer, non sans humour, sa pratique du mixage sonore vers le champ visuel (série Body Mix). Dans le prolongement de ses ready-made, l’artiste poursuit son exploration de l’objet vinyle avec deux nouveaux ensembles : des collages d’images de pochettes recadrées notamment par les oculi des ouvertures circulaires des 33 tours, et des monotypes utilisant l’impression pour transférer sur le papier les marques d’usure des enveloppes de disques dans des compositions en noir et blanc évoquant pour certaines Vasarely.

On aime
En conjuguant deux technologies d’enregistrement nées aux 19e et 20e siècles, la photographie et le vinyle, Marclay livre une réflexion teintée d’humour, de tendresse et de nostalgie sur notre mémoire collective et notre rapport au passé.

4/ Exposition collective – Au 108 rue Vieille du Temple – David Zwirner – du 8 septembre au 10 octobre

Pourquoi il faut y aller
En septembre 1986, Yvon Lambert inaugurait son espace du 108 rue Vieille-du-Temple avec une exposition consacrée à Cy Twombly. Quarante ans plus tard, David Zwirner, qui a repris les locaux en 2019, revient sur le parcours de son confrère à travers un accrochage de groupe réunissant 32 artistes liés à l’une et/ou l’autre des deux galeries, soulignant leurs affinités.

Ce qu’on y voit

Le visiteur est accueilli par la vision, sur le mur du fond de la galerie, de Pan (1980), une suite de sept dessins de Cy Twombly emblématique de la Collection Lambert. Les artistes de la scène new-yorkaise d’après-guerre (Sol LeWitt, Brice Marden, Agnes Martin, Richard Tuttle…) rappellent qu’Yvon Lambert fut aussi parmi les premiers en France à montrer cette avant-garde américaine. En guise de socle commun, les œuvres de Francis Alÿs, de Dan Flavin, de Barbara Kruger, de Gordon Matta-Clark, de On Kawara, de Robert Ryman, de Richard Serra et même de Jordan Wolfson (que Lambert fut le premier à exposer) soulignent les goûts communs aux deux marchands, tandis que les divergences de styles, d’un Combas expressionniste au minimalisme conceptuel de Niele Toroni, affirment la persistance d’une certaine idée de la galerie, ouverte à une pluralité d’influences.

On aime
Cette exposition anniversaire qui réunit des pièces maîtresses est la première à investir l’intégralité des espaces de David Zwirner Paris, du rez-de-chaussée aux galeries du premier étage, rénovées et ouvertes au public en 2024.

5/ Santiago de Paoli – Riding Hot – Jocelyn Wolff – du 10 septembre au 7 novembre

Pourquoi il faut y aller
Pour sa troisième exposition à la galerie Jocelyn Wolff, l’artiste argentin installé au nord de New York poursuit ses recherches picturales, cette fois à une échelle monumentale. Une étape importante dans un travail remarqué pour son inquiétante étrangeté.

Ce qu’on y voit

Entre rêve, remémoration et vision, les tableaux de Santiago de Paoli fascinent et déconcertent par leur caractère insolite. Personnages sans visages au garde-à-vous, certains évoquant les écorchés des planches d’anatomie, scènes d’intérieur, paysages mentaux, détails à caractère sexuel, objets détournés en symboles… sont peints dans une palette où les rouges et les roses chair alternent avec des jaunes acides, et des verts sourds viennent parfois contaminer des bleu-gris éteints et des beiges sales. Le tout brouille pour le regardeur les catégories entre l’humain et le végétal, le réel et le fantasmé… en affirmant un univers à part.

On aime
La peinture de Santiago de Paoli laisse deviner des influences (notamment à ses débuts de Vanessa Bell ou de Georgia O’Keeffe), peut-être des correspondances (par exemple avec l’œuvre de Miriam Cahn ou celle de Laurent Proux), mais c’est avant tout sa singularité qui retient l’attention.

6/ Robert Filliou – Une histoire chuchotée de l’art – Peter Freeman – du 10 septembre au 7 novembre

Pourquoi il faut y aller
À l’occasion du centenaire de la naissance de Robert Filliou (1926-1987), Peter Freeman consacre à cette figure majeure de l’art expérimental des années 1960-1970 sa première exposition dans son espace parisien depuis 2012. L’artiste est également à l’honneur à la Biennale internationale d’art contemporain de Lyon, dont la 18e édition commence ce mois-ci.

Ce qu’on y voit
Souvent associé au mouvement Fluxus sans que son œuvre puisse s’y réduire, Filliou a passé sa vie à brouiller les frontières entre l’art et la vie, la poésie et l’économie, le jeu et la réflexion… Inventeur des « Mind-Openers » (ouvroirs d’esprit), ces « outils conceptuels, pour l’esprit et pour la pratique », l’artiste a laissé une œuvre fragile dont l’exposition réunit quelques pièces emblématiques. Depuis les travaux des années 1960 et 1970, qui associent langage et objets du quotidien, jusqu’aux Briquolages, ses installations en briques des années 1980, en passant par ses boîtes en carton intégrant dessins, collages et objets.

On aime
Dans un contexte où la notion de travail est sérieusement remise en question, l’œuvre spirituelle de Filliou et sa résistance aux forces du marché restent pleinement d’actualité.

7/ Morgan Courtois – Essence – Balice Hertling – du 10 septembre au 10 octobre

Pourquoi il faut y aller
Dix ans séparent ce solo de la première exposition que la galerie a consacrée à Morgan Courtois en 2016. Présenté à la Fondation Pernod Ricard, au Musée d’Art moderne de Paris, à la Fondation Louis Vuitton, ou encore à la Biennale de Lyon, le travail de cet artiste insaisissable évolue à la marge de la scène contemporaine.

Ce qu’on y voit
La pratique de Morgan Courtois circule entre photo, sculpture, création de parfum, vidéo… De la même façon, dans les sculptures-fontaines présentées ici, les différents récipients collectés et moulés par l’artiste suggèrent par leur assemblage précaire le passage d’un état liquide à un état solide. Dans cette opération, les formes suintent, se fissurent, et les couleurs déteignent et se contaminent d’une photographie de fleur fanée à celle d’une statue aux jambes nues, tandis qu’au sous-sol des reproductions ornementales ont pour support des emballages jetables clinquants.

On aime
En vitrine, une vidéo reprenant les codes des publicités de luxe tourne en boucle comme la bande-annonce étincelante d’un film dont le titre pourrait être celui de l’exposition, Essence, lui-même le projet d’un parfum qui serait le carburant du désir.