7 EXPOS à voir en galeries dès octobre
Par Anne-Cécile Sanchez

Jocelyn Wolff × Maison La Roche – Katinka Bock – High and Dry – jusqu’au 31 octobre

Pourquoi il faut y aller

Pour les sculptures épurées et énigmatiques de Katinka Bock, pour le commissariat de Raphaël Giannesini – dont on connaît le goût du décloisonnement –, enfin pour cette maison-galerie dessinée par Le Corbusier comme un manifeste de la modernité.

Ce qu’on y voit

Katinka Bock est connue pour son approche fine et sensible qui déjoue toute tentation de monumentalité. Près d’une vingtaine de sculptures sont discrètement réparties du rez-de-chaussée au deuxième étage. Certaines résultent de gestes simples (plier, mouler, empreindre ou faire tenir debout), d’autres assemblent, tels des readymade, des objets coulés dans le bronze – radiateur, machine à coudre, ghetto blaster … – à des formes organiques comme échouées. Au titre (High and Dry) évoquant un flux et un reflux, semble faire écho la vision fugitive d’un écueil, d’un moment où surnageraient des visions, certaines en suspens, d’autres déposées là. La gravité de la matière, l’éclat délavé des couleurs, les transparences, les silences aussi, ménagés dans l’espace par la fluidité du parcours, guident la déambulation dans cette architecture cinégénique. Bois, cuivre, céramique, toile de jean, verre, aluminium, acier, bronze … donnent corps aux fantômes et aux projections imaginaires.

On aime

Le dialogue subtil instauré entre un bâtiment chargé de mémoire, symbole de la modernité, et l’intervention de l’artiste, qui a fait des relations qu’elle noue avec les lieux la matière même de son travail.

Galleria Continua (Matignon) – Hank Willis Thomas – Afterimage – jusqu’au 28 novembre

Pourquoi il faut y aller

Hank Willis Thomas est un artiste conceptuel américain en milieu de carrière. Son travail, qui porte sur la mémoire historique, les médias, la culture de marque et la violence raciale, figure dans les collections des plus grands musées américains ainsi que dans l’espace public. C’est son premier solo avec la Galleria Continua, qui commence à le représenter.

Ce qu’on y voit

L’exposition réunit des sculptures de petit format – comme ces deux visages en marbre drapés et réunis par un baiser (Everything we see hides another thing), ou ces mains noire et blanche aux doigts entremêlés (Community) – et des tableaux « réfléchissants ». L’artiste met au point depuis une dizaine d’années ces compositions à double fond associant sérigraphie et impression sur vinyle. Des images pop ultracolorées inspirées par des classiques de l’histoire de l’art – de Matisse à Seydou Keïta – se juxtaposent ainsi à des montages d’archives documentant les mouvements pour les droits civiques et leur répression. Le regard circule entre ces deux niveaux de lecture, ces deux réalités coïncidentes.

On aime

L’œuvre de Hank Willis Thomas a déjà été montrée ponctuellement en Europe (au Guggenheim Bilbao, au musée du Quai Branly à Paris, au Witte de With à Rotterdam, ou encore à la galerie Pace, à Londres, en novembre 2024). Reste qu’il y a un décalage entre la notoriété de l’artiste aux États-Unis et sa réception en Europe. Ce solo constitue donc une redécouverte.

Karsten Greve – Cy Twombly – Sperlonga – jusqu’au 10 novembre

Pourquoi il faut y aller

La galerie Karsten Greve consacre une exposition à un tournant dans l’œuvre de Cy Twombly : pendant l’été 1959, l’artiste séjourne dans le village de Sperlonga, en Italie. Il réalise durant cette période une trentaine d’œuvres, les Sperlonga Drawings, qui ouvrent une nouvelle direction de sa pratique.

Ce qu’on y voit

L’exposition réunit pour la première fois l’ensemble de ce corpus, dont plusieurs dessins ont été présentés dans d’importantes rétrospectives. Peinture à l’huile, crayon graphite et de couleur, pastel gras sont apposés sur le papier à la façon d’annotations, d’esquisses, de décharges d’énergie transcrites par le geste, sur le seuil de l’écriture. Ratures, griffonnages, signes, empâtements blancs … Ces dessins « semblent ouvrir dans l’œuvre de Twombly un nouvel espace, spécifiquement pensé comme un paysage », note l’historien de l’art Kirk Varnedoe à l’occasion de la première rétrospective de l’artiste au MoMA en 1994.

On aime

Contemplatifs, ces dessins où dominent le blanc et des signes tantôt rêveurs, tantôt nerveux, ouvrent à une forme de méditation sur la nature de l’art.

Christophe Gaillard – Pascal Convert – jusqu’au 21 novembre

Pourquoi il faut y aller

La galerie Christophe Gaillard entame avec cette exposition une collaboration avec Pascal Convert. Le travail de ce plasticien, également écrivain et historien, bénéficie d’une reconnaissance essentiellement muséale et patrimoniale. Sa fresque photographique monumentale La falaise, la grotte – Bâmiyân 20 ans après – documentant la destruction des Bouddhas de Bâmiyân – présentée dans la Galerie du temps du Louvre-Lens entre 2021 et 2024, compte parmi ses œuvres emblématiques.

Ce qu’on y voit

Encadrements de miroirs ouverts comme des livres, chandelier cristallisé, fragments de sculptures, plan architectural replié et brodé à la façon d’un linceul … La mémoire et l’oubli sont au cœur de la recherche de Pascal Convert, qui s’intéresse à la manière dont les lieux, les objets, les images et les archives conservent ou perdent la trace des événements historiques et des trajectoires individuelles. La cristallisation du verre, qui transforme des objets en blocs translucides, est devenue un de ses procédés de prédilection pour figer le temps. Ici, il met en scène une célébration de l’absence, autour de l’Appartement de l’artiste. Déposition (1997-2001). Cette vaste plaque de bois sablé et graphité posée au sol évoque autant la plaque funéraire que le relevé archéologique, mais aussi la Déposition du Christ à laquelle fait écho le torse en verre rouge du Sang des Chrétiens.

On aime

Cette collaboration avec Pascal Convert fait entrer la réflexion sur l’Histoire, dans sa dimension mémorielle et sacrée, au centre de la galerie.

Galerie Allen – Rita Ackermann – Vivre sa vie – jusqu’au 28 novembre

Pourquoi il faut y aller

Pensée comme un théâtre de marionnettes mêlant musique, cinéma expérimental et mode, cette installation de Rita Ackermann n’a été montrée qu’une fois, à New York, en 1996. Trente ans plus tard, l’exposition revient sur ce projet peu connu, emblématique du parcours de l’artiste, en lien avec la scène new-yorkaise underground de la fin du XXe siècle.

Ce qu’on y voit

Pour cette invitation à Rita Ackermann (représentée par la galerie Hauser & Wirth), son installation est présentée dans un nouveau dispositif : une structure hexagonale occupe le centre de la galerie, permettant de voir simultanément plusieurs faces du théâtre et des scènes qu’il abrite. Au centre, un écran diffuse la captation de la représentation de 1996, avec Kim Gordon (Sonic Youth) à la narration, des costumes de Susan Cianciolo et la musique de membres du No-Neck Blues Band. Les marionnettes, quant à elles, sont présentées encadrées, de façon à laisser voir leurs deux faces et leurs articulations. La pièce inspirée par le film éponyme de Jean-Luc Godard (Vivre sa vie, 1962) est mise en regard avec une nouvelle œuvre, une sculpture murale de l’artiste transposant en relief un collage numérique.

On aime

Ce projet collaboratif témoigne de l’effervescence culturelle du New York des années 1990. Pour en prolonger l’esprit, deux publications accompagnent l’exposition : un fanzine et un livre d’artiste en édition limitée.

Crèvecœur – Daisuke Fukunaga – Waiting as Time Shifts – jusqu’au 28 novembre

Pourquoi il faut y aller

C’est la première exposition personnelle à la galerie de Daisuke Fukunaga (né en 1981, vit et travaille à Tokyo), l’un des principaux protagonistes du renouvellement de la peinture contemporaine au Japon.

Ce qu’on y voit

Daisuke Fukunaga s’intéresse aux moments en suspens qui échappent à la productivité, à l’efficience du travail : temps de pause des ouvriers, paysage champêtre à l’orée de la ville, moments d’attente … Le peintre transpose sur la toile en les étirant ces parenthèses apparemment insignifiantes. Les silhouettes alanguies de travailleurs étendus à côté de leurs casques ou de leurs outils prennent une dimension fantastique. Les couleurs pâles, sourdes ou pastel contribuent à déplacer ces visions apparemment ordinaires dans un ailleurs teinté d’onirisme, tout en revisitant les genres établis du portrait, de la peinture de paysage et de la nature morte. Les références à Balthus ou à Bonnard suggèrent une connaissance érudite de l’histoire de l’art occidental avec laquelle dialoguent ces tableaux.

On aime

Le charme naît du décalage entre un style évanescent et le choix de sujets contemporains, dans une veine rêveuse qui rappelle celle de Yu Nishimura, artiste japonais très en vue, représenté par la galerie et actuellement présenté à la Fondation Lafayette Anticipations.

Esther Schipper – Philippe Parreno – jusqu’au 21 novembre

Pourquoi il faut y aller

Philippe Parreno appartient à la génération d’artistes apparue dans les années 1990 qui a renouvelé les formes de l’exposition et de la participation du public, aux côtés de Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Liam Gillick, Rirkrit Tiravanija …

Ce qu’on y voit

L’espace parisien de la galerie Esther Schipper évoque, davantage que l’espace d’un « white cube », celui d’un appartement. Philippe Parreno investit cette dimension domestique pour y orchestrer une chorégraphie silencieuse des objets et de la lumière, modulée par un système de capteurs. Les deux stores motorisés se lèvent et s’abaissent, l’intensité lumineuse des lampes varie, le papier peint phosphorescent aux motifs de palmiers luit à la faveur de l’éclairage (Chronochromes, 2026). Face à l’entrée, le clignotement de la sculpture lumineuse Marquee, qui rappelle les enseignes de cinéma (une forme récurrente dans le travail de Parreno depuis 2006), indique un seuil en signalant au public son entrée dans l’espace du spectacle : à chacun·e de se faire son film.

On aime

Cette exposition de Philippe Parreno constitue une excellente porte d’entrée dans ce qui fait la spécificité de son travail. L’exposition elle-même fait œuvre, le temps, la lumière et la perception ouvrant à une expérience de la durée.