Mark Geffriaud – Tes mais
GB agency – jusqu’au 16 juin

Mark Geffriaud a réaménagé la galerie GB agency, dont il a obturé une partie, aussitôt rebaptisée backroom, dans laquelle se tient une programmation de concerts et de performances. Cette façon de bousculer les usages, les circulations, de modifier les habitudes pour en créer d’autres, de nouer aussi, des collaborations, est caractéristique du travail de l’artiste passionné par « l’effet de seuil ». Ainsi explique-t-il, lorsque nous franchissons une porte, « notre cerveau procède à une sorte de rafraîchissement : il stocke certaines des informations que l’on avait en tête et en évacue d’autres, pour faire de la place et se rendre plus disponible ». Ici un grand mur d’images – nitrates d’argent sur métal ouvrant à des jeux de miroir – et de texte, constitue un prologue imaginaire au-delà duquel chacun est convié à un franchissement personnel.

 

Nathalie Elemento – Inconsolable
galerie Maubert  – jusqu’au 31 août

Nathalie Elemento pose ses œuvres, d’aspect géométrique, à même les murs et, ce faisant, soulève un certain nombre d’interrogations : qu’est-ce qu’un point de vue, un socle, qu’appelle-t-on sculpture, maquette, objet et comment est-ce que cela occupe l’espace ? Étrangement, ces formes inanimées, à plat ou pliées, suggèrent une idée de mouvement et un état (de veille, ou d’éveil) qui leur confèrent une vie propre. L’artiste donne d’ailleurs des prénoms à ces « portraits de mémoire d’émotions, sans images », ajoutant une dimension sensible à cette architecture d’intérieur qui brouille les pistes entre l’art et le design.

 

 

Konstantin Grcic – Transformers
Kreo – jusqu’au 26 août

Raideur, rigueur … ces mots viennent à l’esprit face au design de Konstantin Grcic qui n’en est pas moins, dans sa démarche conceptuelle, joueur. Le plus singulier des designers poursuit son chemin en proposant un corpus de nouvelles pièces, tables et luminaires en aluminium noir et gris, définies par le détournement high tech d’un module industriel principalement utilisé pour l’assemblage millimétré des automobiles. Récifs rectilignes en apesanteur colonisés par des spots minuscules, ultra puissants et multi-orientables, totems modernistes aux allures de fétiches, vaisseaux spatiaux en lego … L’esthétique minimale n’empêche ni les références multiples, ni la sophistication extrême (commande tactile, réglage wifi de l’intensité …) de ces créations intemporelles, appelées à devenir des classiques du design.

 


Wade Guyton
Chantal Crousel – jusqu’au 23 juillet

Depuis quelques années, Wade Guyton met l’histoire de l’art, et plus particulièrement de la peinture, au centre de son œuvre, par le biais de technologies aussi banales que les Smartphones ou les imprimantes à jet d’encre. Ses sujets récurrents, comme des vues d’’atelier, des images d’actualité sorties de leur contexte, des objets (ici une chaise Breuer, une sculpture …) entrent en dialogue avec les tableaux présents dans les collections des musées, notamment parisiens. Leur traitement, qui laisse advenir des coulures, voire des bavures d’une œuvre à une autre ainsi que des effets de saturation de la couleur, invite à poser un regard décalé sur des thèmes aussi classiques que le nu, la nature morte, la peinture d’histoire … envisagés au prisme de la reproduction mécanique de l’image et de sa prolifération.


Trisha Donnelly
Air de Paris – jusqu’au 13 juillet

Pas de texte de présentation ni de cartels : comme à son habitude, Trisha Donnely ne donne aucune indication sur ses intentions, laissant libre et ouverte l’interprétation de son œuvre. On saura seulement qu’elle a recouvert les fenêtres de la galerie d’un film qui harmonise l’éclairage naturel et a modifié les lieux pour dessiner un parcours dans l’espace. À la sortie de l’ascenseur, au deuxième étage, un bloc de pierre bleu gris accueille le visiteur. Marqué sur une face de rainures mécaniques, il évoque le travail d’excavation et de la taille, effectué par l’artiste, qui n’a eu recours à aucun intermédiaire. Le magnétisme hiératique de ces blocs, quatre verticaux et un autre couché au sol, leur densité, leur échelle presque monumentale, leurs couleurs pâles dont le halo évolue avec la lumière, créent les conditions d’une rencontre… aux confins de l’ésotérisme qui caractérise cette œuvre conceptuelle, présente dans les plus grandes collections publiques et privées.
Group Show « Grisaille Vertigo »
galerie Jocelyn Wolf –jusqu’au 1er juillet

En art, le terme de grisaille s’applique à une peinture en camaïeux de gris, réalisée selon une technique picturale qui s’apparente au clair-obscur et mime en trompe l’œil les bas-reliefs. C’est aussi le titre d’un tableau de Miriam Cahn (grisaille, 11.6.07, 2007) lequel a servi de point de départ à cette exposition. Celle-ci, pensée par le commissaire François-René Martin, réunit des exercices de style de l’école française, anglaise, italienne et flamande déclinant ce principe chromatique et parfois rococo, avec des œuvres d’art contemporain remarquables. Comme ce monochrome de Colette Brunschwig à l’encre et au fusain (Untitled, 1987), ou ce retable aux battants mécaniques de Francisco Troppa que l’on active avec une télécommande en forme de fusil, clin d’œil à la fameuse série des Tournesols de Van Gogh dont l’esquisse a servi de motif (Grisaille, Vincent, 2023). Le tout offre une déambulation cultivée autour de la notion d’auteur, de monochrome, de décor et de tout ce qui peut venir à l’esprit dans une savante association d’images et d’idées.