Julia Marchand est commissaire d’exposition à la Fondation Vincent Van Gogh depuis 2015 et directrice artistique d’Extramentale, qu’elle fonde en 2016. Elle a notamment conçu les expositions Siècles Noirs: James Ensor & Alexander Kluge(FVVGA 2019), La Vie Simple, Simplement la Vie (FVVGA 2017) et plus récemment, La Complicité et Laura Owens & Van Gogh avec la Directrice Artistique Bice Curiger (FVVGA 2020). Elle mène également des recherches sur le carnavalesque qui l’ont conduit à diriger la journée d’études et de performances sur ce thème au Centre Pompidou en février 2020, qui réunissait notamment Claire Tancons, Paul B. Preciado, Julien CreuzetCrystallmess, Mathis Collins et Jenkin van Zyl.

FONDAZIONE PRADA, MILAN

Leurs expositions, notamment Post Zang Tumb Tuum. Art Life Politics: Italia 1918-1943 (2018, Milan), Machines à Penser (2018, Venise) The Boat is Leaking. The Captain Lied (2017, Venise) sont des tours de forces curatoriaux et muséographiques. Comme souvent, la Fondation Prada excelle dans une restitution théâtrale du monde des idées et dans la mise en espace de récits historiques qui en deviennent émotionnels (une émotion froide, qui appelle à la distance). Chaque année je vais voir leurs « research exhibitions ».

COMPAGNY GALLERY, NEW YORK

Établie en 2015 par Sophie Môrner et Taylor Trabulus, commissaire d’exposition, Company est située dans le Lower East Side. J’ai visité leur espace en février qui déployait, sur plusieurs niveaux, le travail de l’artiste Colette Lumière que l’on peut davantage considérer comme des traces de vies ou des environnements. Ils ont déplacé pour l’occasion les parcelles baroques et murales qui recouvrent normalement le loft de cette figure de la scène new yorkais des années 1970. C’était une sorte de version miniaturisée d’un art total baroque et féministe…

PROPAGANDA NETWORK, TBILISI

Je suis liée à la scène géorgienne depuis 2019 où j’ai pu officier en tant que commissaire invitée pour le festival Fest I Nova et le project space E.A. Shared Space. Propaganda Network est pour moi le lieu qui réunit les artistes de la scène géorgienne et ceux.celles de passage (inscrit notamment au sein d’un programme de résidence). Plus qu’un lieu, c’est une organisation qui cherche à archiver, accueillir et promouvoir la création contemporaine. C’est un peu l’incontournable visite qui me procure à chaque fois beaucoup de joie. Leurs espaces de résidence sont situés dans l’hotel Stamba. Le dernier en date remontait au mois de décembre 2021, où j’ai pu rencontrer l’œuvre médiumnique et sensuelle du peintre Tony Just.

CHERISH, GENÈVE

Cherish est géré par Mohamed Almusibli, James Bantone, Thomas Liu Le Lann et Ser Serpas et se situe dans un espace domestique décrit comme « somnolent ». Les propositions artistiques qui habitent cet espace sont donc à l’antithèse de cela : elles crient un sens du ludique qui tentent de déconstruire des normes (d’espaces, de sens, et de genre – je pense ici aux expositions de Cajsa von Zeipel « A Theory of Feline Aesthetics » ou de Shuang Li « Among Us ». Ça me semble si important d’avoir un lieu comme celui-ci à Genève, et la vitalité de leur programmation jaillie bien au-delà de la ville.

GISELLE’S BOOKS, MARSEILLE

Bibliothèque indépendante d’archives de livres d’artistes et d’écrits sur l’art, Giselle’s Books est sans doute le lieu le plus inspirant situé à Marseille. Il a été fondé par Ryder Morey-Weale et Lucas Jacques-Witz dans l’optique d’intervenir sur un champ sous représenté dans les secteurs institutionnels français : l’édition d’art étrangère et les formats éditoriaux. Je me suis rendue dernièrement pour l’exposition « Success in Failure, Wolfgang Stoerchle » programmée à l’occasion de la parution de la première monographie sur l’artiste (un travail mené par Alice Dusapin).

STUDIO OF THE SOUTH, ARLES

Studio of the South est une résidence d’artistes menée par Laura Owens et soutenue par Luma Arles. Elle accueille tout au long de l’année des artistes français.e.s et étranger.e.s dans un esprit de collaboration « accumulative et successive » : j’entends par là que chaque contribution apportée par un.e artiste au sein de la maison complète celle de son ou sa prédécesseurs. C’est un petit poumon créatif pour moi car Arles n’est pas tant une ville d’artistes. Ils sont certes de passage mais la possibilité de rentrer plus en profondeur dans la pratique de Julie Beaufils ou de Miriam Laura Leonardi par exemple alimente une dynamique d’échanges hors du commun.

DAVID ZWIRNER, PARIS

L’antenne parisienne combine la vitalité d’une programmation tournée vers des formes contestataires (exposition « Sauve qui peut ! » de la famille Crumb) et l’exigence conceptuelle de pratiques photographiques (exposition de Christopher Williams). A l’exception du travail de Sophie Crumb, ces expositions ne sont pas des découvertes pour moi mais revoir ces pratiques à Paris permet de conforter certains choix (prospectifs) en tant que commissaire d’exposition. Il en est de même pour Andra Ursuta : elle a présenté il y a quelques mois de nouveaux photogrammes (« False Hope ») que j’ai exposés à la Fondation.

SIMON GRANT, INSTAGRAM ACCOUNT

Simon Grant est l’ancien éditeur du magazine Tate Etc, et co-éditeur de Picpus magazine. Nous avons travaillé ensemble pour l’exposition de Paul Nash (1889-1946) à la Fondation Vincent Van Gogh. Son compte Instagram prolonge certaines des réflexions que nous portons au sein de Fondation à savoir, comment amplifier les récits et les perceptions liées à l’histoire de l’art moderne. Simon mise sur une dimension plus inclusive et plus nuancée, qui inclurait notamment des pratiques dites plus ésotériques ou autodidacte. On peut y trouver notamment une description sur l’œuvre de Lee Bontenecou (née en 1931) ou de Madiha Umar (1908- 2005).